Bernard Palissy

Bernard PALISSY

(D'après un article paru en 1833)

S'il est un exemple remarquable de ce que peut un homme de génie sans culture, mais armé d'une volonté ferme et persévérante, c'est sans contredit celui qui a été donné par Bernard Palissy, peintre, sculpteur, naturaliste, hydraulicien, et l'inventeur ou plutôt introducteur en France de la poterie de terre émaillée, connue depuis sous le nom de faïence.


Bernard Palissy, né à Agen vers l'an 1500, exerçait laborieusement la profession de peintre sur verre, à laquelle il ajoutait la pratique du dessin, de la géométrie et de l'arpentage. Ces diverses professions, peu lucratives, et dont l'exercice même lui manquait quelquefois, laissaient à l'imagination de Palissy tout le temps de se livrer aux idées spéculatives vers lesquelles il était naturellement porté, lorsqu'un heureux hasard vint lui donner un aliment réel. Une coupe en terre émaillée, qui n'était probablement autre chose qu'une faïence italienne, tomba entre ses mains ; dès lors Palissy est emporté par un violent désir d'arriver à l'exécution d'un vase semblable.

Marié, et père de deux enfants, il abandonne l'état qui assurait son existence et celle de sa famille. On le voit alors prendre des tessons de terre, les couvrir de compositions qu'il préparait avec soin, et aller tantôt chez les potiers, tantôt chez les verriers, pour essayer ses émaux à leurs fours ; puis ensuite seul, sans aide, construire lui-même ses fours.

Toutes ses tentatives sont infructueuses, mais le moindre succès ranime ses espérances ; de nouvelles déceptions l'accablent ; il rencontre des obstacles imprévus ; la peine, la dépense, la misère et la maladie semblent le poursuivre à la fois ; dans son atelier il est sans succès, dans le monde il est bafoué, dans sa maison il éprouve de nouvelles persécutions ; la nature même de ses travaux le fait soupçonner de magie et de fabrication de fausse monnaie.

Cependant, au milieu de toutes ces traverses, son courage se fortifie ; pendant vingt années il lutte contre la fortune ; il touche enfin au moment de réussir, lorsqu'un potier qu'il s'était attaché le quitte brusquement en réclamant son salaire. Palissy, sans ressources, sans crédit, lui abandonne en paiement ses propres vêtements. Mais alors c'est le bois qui vient à lui manquer pour la cuisson de l'essai auquel est attachée la dernière de ses espérances. Il emploie d'abord les treillages de son jardin ; mais cet aliment ne suffisant pas à l'entretien du feu, Palissy ne balance pas à précipiter dans le foyer, d'abord ses meubles, puis successivement les portes, les fenêtres, et le plancher même de sa maison.

Palissy est ruiné, mais le succès a couronné ses efforts, dont le résultat est cette belle poterie aux formes si gracieuses, aux couleurs si brillantes, aux arabesques si délicats et si variés, qui d'abord servit d'ornement au palais des grands, lui obtint leur protection, et lui valut le brevet d'inventeur des rustiques figurines du roi, ainsi que le surnom de Bernard des Tuileries, où le roi Henri II lui avait donné un logement.

Les gravures accompagnant cet article pourront donner à nos lecteurs une idée du goût et du talent de Bernard Palissy, dont les poteries sont recherchées par les amateurs et les artistes, avec un empressement égal à leur rareté. Le château de Madrid que l'on avait construit dans le bois de Boulogne, par ordre de François Ier, était orné extérieurement de ses plus belles faïences ; la grande cour du château de Saint-Germain-en-Laye renfermait des tableaux de la même nature.

Le génie actif de Palissy ne s'arrêta pas à cette découverte : il embrassa avec succès d'autres branches de connaissances. Guidé seulement par les diverses observations que ses essais sur les terres et les émaux lui avaient donné occasion de faire, sans aucune notion du grec ni du latin, il parvint à donner dans Paris même, en présence des plus habiles physiciens de son temps, un cours d'histoire naturelle, dans lequel, avec une sagacité d'instinct en partie confirmée depuis par les nouvelles observations de la science, il exposa ses idées sur toutes les espèces de terres et d'eaux, de rivières, fontaines et puits ; il y examina les sources d'eaux salées et minérales, les montagnes, les stalactites, les argiles, les marnes, les métaux et les fossiles.

 

Il ne manquait à toutes les illustrations de Palissy que la persécution : l'édit contre les protestants, rendu en 1559 à Ecouen par Henri II, la lui apporta. Attaché à la religion réformée, Palissy fut traîné en prison, d'où il ne serait sorti que pour marcher au supplice, si le connétable de Montmorency, son protecteur, n'eût promptement présenté un placet à la reine-mère, qui obtint du roi l'ordre de lui rendre la liberté.

Bernard Palissy, après avoir consigné ses observations scientifiques dans divers ouvrages, remarquables par la naïveté et la lucidité de leur rédaction, mourut à l'âge de quatre-vingt-dix ans, honoré et estimé de tous les gens de bien de son époque. La misère qui avait présidé aux commencements de sa vie de travail et de recherches, lui avait fait adopter pour devise : « Povreté empêche les bons espritz de parvenir ».

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